Critique littéraire sur Désobeir
de Frédéric Gros paru en 2017 aux Editions Albin Michel et Flammarion
Dans Désobéir paru en 2017 aux
Editions Albin Michel et Flammarion, Frédéric Gros montre l’urgence pour
l’Homme de désobéir à une société où l’obéissance est de mise, obligatoire et
où, sous le prétexte d’obéir afin de préserver les individus vivant au sein de
cette société, il doit se soumettre aux lois de sa cité et peux ainsi se
déresponsabiliser de ses actes. Cette possibilité est problématique puisque
l’Homme peut lui-même refuser sa propre liberté en refusant de penser. Pour
cela, l’auteur s’appuie sur des exemples assez contemporains et ancien. Ce
livre est intemporel puisque nous pourrions à maintes reprises faire un lien
avec l’actualité politique de la France.
Frédéric Gros
est un spécialiste de Michel Foucault qui fut à l’origine du déterminisme
historique. Selon ce philosophe, l’homme est conditionné par l’époque
historique dans laquelle il vit. Cet élément a particulièrement retenu mon
attention puisqu’il permet d’expliquer le comportement de nombreux humains ayant
commis des actes inexplicables. Notamment celui des Hommes ayant rendu la shoah
possible et ayant permis de démontrer la « banalité du mal » établie
par Hanna Arendt. Cette dernière démontre sa thèse dans Eichmann à Jérusalem retraçant le procès de l’organisateur
du trafic des transports conduisant les juifs vers les camps de concentration
et d’extermination. Ce dernier niera sa responsabilité dans ce massacre en se
cachant derrière le motif d’obéissance aux ordres lors de son jugement en Avril
1961. Cette notion de déresponsabilisation permise par la société dépend de
chaque être humain. A cet égard, le chapitre 12 intitulé la « liberté sans limites » m’a
semblé pertinent puisqu’il montre que toute responsabilité induit un fardeau et
toute action de l’homme entraîne une une prise de décision et donc une prise de
responsabilité. Même en se déresponsabilisant de ses actes, l’individu fait un
choix. Cet élément est facilement vérifiable et me semble prouvé par les deux
types de responsabilités qui ont été développées dans ce chapitre. En effet, il
y a les personnes considérées comme étant « responsables » par la
société qui ont pour caractéristiques d’évoluer dans un monde de rivalité où elles
doivent sans cesse composer avec le réel et réaliser les volontés de la
société. La seconde forme de responsabilité qui existe est la responsabilité
illimitée qui est constituée de quatre responsabilités : « La responsabilité intégrale ou la responsabilité de
faute » où l’individu se sachant un jour confronté à une mort inéluctable
fait un rapide bilan de ses actes en soupesant le bien et le mal, le vice et la
vertu, les justices et les injustices qu’il a commises au cours de son
existence. La deuxième responsabilité présentée est « la responsabilité
absolue ou la responsabilité de l’événement » dans laquelle l’individu,
lorsqu’il se trouve confronté à des situations non choisies est responsable du
sens qu’il leur donne. La troisième responsabilité développée est « La
responsabilité infinie ou responsabilité du fragile » qui consiste au choix
librement fait par une personne de prendre sous sa protection une personne plus
faible qu’elle. La dernière responsabilité développée est « la
responsabilité globale ou responsabilité du monde » qui se caractérise par
le fait que l’homme ne puisse pas ne pas s’impliquer dans les événements
mondiaux sans se mentir à lui-même. Ces différentes formes de responsabilité me
semblent être prouvées par le comportement des différents humains composants la
société.
Cet
ouvrage philosophique possède plusieurs points pertinents tel que le fait qu’il
s’appuie sur des sources variées dont les explications sont développées dans
les notes situées à la fin de l’œuvre. Ce qui est aussi intéressant dans ce
livre est le fait que Frédéric Gros essaie d’établir une continuité entre ces
chapitres en reprenant en ouverture de ceux-ci des idées développées dans les
chapitres précédents. Mais, il échoue
parce qu’à la fin de chaque chapitre, il n’établit pas de transitions ce qui
rend parfois la trame de son argumentation difficile à suivre.
Ce qui a aussi attiré mon attention dans ce Chapitre 12 est
le fait que Frédéric Gros éprouve le besoin de rappeler que l’homme devrait
désobéir aux actions qui lui sont imposées par la société et qui sont opposés à
ses valeurs parce que même si elles seront de toute façon réalisées, il existe
une grande différence lorsque l’individu en question réalise cette action ou si
celle-ci est réalisée par une autre personne. Cela semble aller de soi et pourtant…
Chloé TL